
Très dépendant des énergies fossiles, notre système d’alimentation absorbe 30 % de la consommation d’énergie mondiale. Nos gastronomies et régimes, nos méthodes de production et de distribution d’aliments constituent en ce sens un puissant vecteur de transition énergétique.
Dans ce cadre, les découvertes effectuées par des agronomes spécialisés dans la culture du champignon semblent primordiales puisqu’elles ont permis à cette culture spécifique de devenir économiquement viable et médicalement bénéfique en produisant à partir de sous-produits agricoles des denrées nutritives de qualité.
Apprécié pour son arôme unique et ses nombreuses propriétés, le shiitaké aurait d’abord été cultivé en Chine autour du XIIe siècle avant d’être importé au Japon au XVIe siècle. Sa culture consistait à lacérer l’écorce de bûches afin que les spores des champignons s’y logent et s’y développent.
En 1932, lors d’un séjour dans la campagne d’Oita, Mori Kisaku, alors étudiant agronome à l’université de Kyoto fut témoin d’une scène qui le marqua : un agriculteur peinant à nourrir sa famille priait devant une bûche pour que les shiitakés y poussent. Le jeune homme décida alors de se consacrer à l’étude de cette manne. Dix ans plus tard, Mori Kisaku avait développé une méthode innovante de culture du mycélium – l’appareil végétatif du champignon – sur de petits taquets de bois, destinés à être insérés dans les bûches. Cette méthode permettait d’obtenir des récoltes importantes en un
temps record, ainsi qu’une sélection génétique optimale.
L’inventeur commercialisa ses “semences de champignons” et créa un centre de recherche qui, le premier, étudia les effets bénéfiques des champignons sur la santé, plaçant le champignon comme pilier de l’alimentation japonaise. Sa technique, sur laquelle est basée toute la culture champignonnière mondiale, a rejoint au panthéon de la mycologie la technique de stérilisation des germes inventée en 1893 par l’Institut Pasteur pour la culture à grande échelle du champignon de Paris.

